Recruter les étudiantes – La difficulté du choix

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Depuis 6 ans déjà, l’Ecole de pâtisserie et de boulangerie du Bayon offre une formation gratuite et qualifiante à des jeunes cambodgiennes issues de milieux défavorisés. Chaque année, l’école reçoit plus de 100 candidatures pour environ 25 places. Le recrutement oblige à faire des choix qui sont basés sur des critères bien précis de revenus, de motivation et de compétences. Favoriser une candidature plutôt qu’une autre est un choix compliqué et difficile. Revenons sur les critères et le processus de recrutement.


Les voyages de promotion de l’école

Entre février et mars (effectué en février puis en août cette année, à cause au Covid), entre 2 et 3 voyages sont organisés pour faire la promotion de l’Ecole du Bayon « L’école où on apprend à faire des gâteaux » en khmer. En effet, dans les provinces situées à 3 ou 4h de Siem Reap, bien souvent, les habitants n’ont jamais entendu parler de boulangerie et encore moins de pâtisserie. Au sein des lycées ou auprès des jeunes pris en charge par les associations locales (Enfants du Mékong, CWCC), nous venons parler de gâteaux, de recettes, un peu de mathématique, d’hygiène et d’anglais mais surtout de la promesse de décrocher un métier concret et très demandé. Environ 1000 flyers et dossiers de candidature sont distribués chaque année et les jeunes filles sont invitées à candidater si elles le souhaitent.


La rencontre avec les familles

Dans un second temps, en mai/juin (septembre cette année), les équipes sociales partent à la rencontre des familles afin de mieux comprendre leurs problématiques. Composition de la famille, personnes à charge, niveau de revenu par membre, possession d’un terrain avec une capacité à produire (riz notamment), possession de biens (motos, vélos, maison en dur ou pas), dettes… Ces critères permettent d’attribuer une note qui servira à évaluer le niveau de pauvreté de la famille.

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L’examen et l’entretien de motivation.

Enfin, au cours du même voyage, les futures étudiantes sont convoquées pour passer un examen qui permet d’évaluer leur niveau scolaire, la formation étant ouverte à partir du grade 7 (équivalent 5ème en France). Elles sont aussi soumises à un entretien de motivation où seront testés principalement leur capacité à se présenter, à poser des questions et leur motivation pour suivre la formation. Cet entretien est crucial car il permet de tester la confiance en soi et l’envie d’apprendre. Certaines de ces jeunes filles ont arrêté l’école et sont parfois déscolarisées depuis quelques années et il faut évaluer leur capacité à apprendre de nouveau.

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Comment choisir ?

Fort de cette analyse et de ces rencontres, un comité composé des travailleurs sociaux, des professeurs et de la direction évalue la possibilité de recruter une étudiante plutôt qu’une autre. A niveau de pauvreté égal, comment choisir entre deux jeunes filles motivées qui ont arrêté l’école en grade 9 (brevet) ? La priorité sera alors donnée à la plus âgée des deux, encourageant l’autre à reprendre le chemin de l’école et à repostuler dans un an ou deux si elle le souhaite toujours. En effet, vers 20 ou 21 ans, les parents (et les filles) cherchent bien souvent à marier leur fille pour lui assurer une sécurité financière. Par la suite, elle n’aura que très peu de chance de pouvoir suivre une formation ou des études.

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Pour Sokhoeurn, directrice de l’école de pâtisserie : « La motivation est le critère que je retiens lorsqu’un choix doit être effectué entre deux candidates. En effet, il faut une forte persévérance pour suivre une formation 8h par jour avec des cours du soir en anglais. Une étudiante, peu motivée, ou forcée par ses parents, ne parviendra pas à suivre la formation. »

Même si le choix est parfois difficile et que l’Ecole du Bayon ne peut malheureusement pas accueillir tout le monde, l’association s’efforce de conseiller les familles, de réorienter vers d’autres structures de formation si besoin ; et surtout d’encourager les jeunes filles dans leur démarche de vouloir poursuivre leurs études.

 

, 29 septembre 2020