À la rencontre de Thorth : notre responsable administratif & financier

Thorth Thorn est depuis 2015 le responsable administratif et financier et le directeur du programme social à l’école du Bayon. Très appliqué dans son travail et faisant preuve d’une gentillesse à toute épreuve, nous avons souhaité vous raconter ses origines, son parcours et ses ambitions.
Thorth est né en 1982, peu après la chute du régime des khmer rouges (mouvement communiste radical au pouvoir de 1975 à 1979 et responsable du génocide cambodgien). Ne pouvant accoucher dans son village, la mère de Thorth a choisi de lui donner naissance à « Site II », un centre de réfugiés géré par l’ONU, dans les montagnes à la frontière thaïlandaise. Thorth a ensuite passé son enfance dans la province d’Oddar Meanchey, au nord du pays.
Le système éducatif cambodgien ayant été détruit par les khmers rouges, le début de sa scolarité n’a pas été simple. Il a par exemple été obligé de faire le Grade 1 à 3 reprises, non pas car il n’avait pas le niveau mais parce qu’il n’y avait aucune école à proximité de son village proposant les niveaux supérieurs. Ainsi, il considère que sa scolarité à réellement débuté à l’âge de 9 ans.
Pour son entrée au lycée, Thorth a rencontré de sérieux problèmes en raison de l’administration changeante en fonction des provinces. En effet, le lycée le plus proche de son habitation se trouvant dans le district de Siem Reap, il n’était pas considéré comme prioritaire et avait un statut de « visiting student ». Ce statut « précaire » lui interdisant l’accès au foyer du lycée, il a alors décidé de se rapprocher de l’organisation « Enfants du Mekong ».
La condition sociale de Thorth aurait dû lui permettre de bénéficier du soutien de cette organisation mais elle n’avait pas les moyens d’aller jusqu’à son village pour l’évaluer. Heureusement, sa motivation lui a quand même permis d’obtenir une place dans le foyer en Grade 10 et un soutien total de l’association l’année suivante.
Toutefois, en fin de Grade 12 (l’équivalent du baccalauréat), Thorth n’a pas eu des résultats suffisants pour obtenir la bourse universitaire délivrée par Enfants du Mekong.
Déterminé, il est resté au centre de Sisophon demandant quotidiennement l’obtention de la bourse. Une fois encore, sa détermination a porté ses fruits : Enfant du Mekong lui a finalement accordé une bourse d’étude pour 2 ans.
Pour ses études supérieures, Thorth a choisi de se spécialiser en Finance & Banque. Pas très bon en mathématiques, il adorait cependant la comptabilité et sa logique. Ses facilités en anglais lui ont en plus permis de comprendre facilement les documents (rarement traduits en khmer) étudiés en cours.
Durant ses 6 années d’études à Phnom Penh (qui lui ont permis de décrocher un Master), il a eu de nombreux jobs en parallèle pour financer sa scolarité. Au lendemain de ses études, il s’est installé à Siem Reap où il occupait 3 postes en même temps : la semaine il travaillait pour Kamonohashi (une association engagée contre le trafic d’êtres humains), le soir il donnait des cours de comptabilité à l’université (ce qu’il fait toujours) et le week-end, il occupait le poste de responsable financier dans un hôtel.
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Souhaitant apporter son aide aux générations futures et guidé par sa curiosité, Thorth a décidé en 2015 de mettre ses compétences au profit d’un projet engagé pour l’éducation et a postulé à l’école du Bayon.
Il fut dès son arrivée nommé comme Directeur administratif et financier. En 2017, il a également pris en charge la gestion des programmes sociaux du Bayon. Il a une vision particulière des travailleurs sociaux : pour lui, leur mission n’est pas d’aider les étudiants, mais plutôt de leur donner les moyens de se développer. Si les étudiants ne participent pas à ce développement, rien ne sert donc de les soutenir financièrement.
La confiance gagnée au fur et à mesure des années et l’aide précieuse de Romnéa (comptable avec laquelle il travaille en binôme) lui permet même d’élargir son champ de compétences au-delà de l’administration et la finance.
Cette année, Thorth a notamment aidé Anaïs et Rodrigo à formuler des recommandations sur la pédagogie de l’école. Il n’avait aucune expérience dans le domaine de l’éducation mais ses échanges avec eux l’ont incité à se documenter sur ces problématiques. L’éducation est pour lui un trésor dont il faut prendre soin. Au-delà de ça, il épaule aussi Sokhoeurn dans sa réflexion pour le développement de l’école de pâtisserie.
L’une de ses priorités pour les mois à venir sera d’améliorer le programme de suivi des étudiants à la sortie de l’école primaire. A son image, il souhaite les inviter à développer une expérience professionnelle en parallèle de leurs études. Il veut aussi les pousser à avoir davantage d’ambition et à croire en leurs rêves. Pour les motiver, Thorth aime leur répéter une citation d’Oscar Wilde : « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ».
Il aimerait par exemple que les élèves du Bayon se projettent au-delà des frontières cambodgiennes. C’est notamment pour cela qu’il accorde une place importante à l’apprentissage de l’anglais et de l’informatique dans leur scolarité. Quand il était jeune, il était passionné d’informatique et l’étude du fonctionnement des ordinateurs, en plus de lui apporter une compétence professionnelle, lui a permis de développer son esprit logique.
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Côté famille, Thorth est l’heureux papa de 3 enfants. Son fils lui a d’ailleurs confié le mois dernier qu’il ne souhaitait pas faire d’études mais plutôt travailler dans les champs de riz. Elevé à Siem Reap et n’ayant jamais vraiment connu la vie à la campagne, Thorth l’a donc invité à aller travailler dans un champ le temps d’un après-midi. Après 2 heures de sueurs et d’efforts, il ne voulait non seulement plus travailler dans un champ, mais aussi ne jamais retourner à la campagne. C’était selon Thorth, le bon moyen de lui faire comprendre la valeur et le pouvoir de l’éducation.
Ayant grandi dans un environnement comparable à celui des élèves que nous accueillons à l’école du Bayon, Thorth mesure la valeur de l’éducation et souhaite d’autant plus les stimuler et les guider. Nous mesurons la chance que nous avons d’avoir à nos côtés quelqu’un comme lui.
, 29 juin 2018

L’action de
nos ambassadeurs

L’école du Bayon est aujourd’hui soutenue par plus de 400 parrains et marraines mais aussi par de nombreux sponsors aux implications très variées. Nous souhaitons mettre en lumière certaines actions de ces « ambassadeurs » qui se mobilisent au profit du Bayon. Du Limousin à Singapour, ils sont si nombreux que nous ne pourrons pas tous les citer, mais nous souhaitons vous donner des exemples d’actions qui, qui sait, pourraient vous inspirer !
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– La mise en relation avec des fonds, fondations ou entreprises qui débouchent sur d’importants dons. Les fondations d’entreprises sont parfois méconnues de leurs employés : n’hésitez pas à vous renseigner. En faisant cela, Dominique d’Elloy, par exemple, nous a permis d’obtenir 10 000 euros de la fondation Thalès pour soutenir le projet de la classe digitale.
– L’organisation d’évènements au profit du Bayon comme par exemple un tournoi de golf, une pièce de théâtre ou un concert. Les exemples sont nombreux, le plus récent en date étant le tournoi de golf organisé par Thierry Van Santen qui aura récolté 5 000 euros.
– La participation à des kermesses, marchés ou autres mobilisations pour faire connaître l’association et y vendre des livres de pâtisserie du Bayon, des sachets de poivre de Kampot, des Kramas ou simplement des gâteaux. Jacqueline Chouette, notre présidente d’honneur regorge d’idées sur ce plan et participe depuis de nombreuses années par exemple au marché de Noël de Volvic pour y vendre du poivre ou de l’artisanat Cambodgien.
– Le sponsoring d’un projet particulier comme les actions du Rêve d’Elo pour la cantine ou la mise en place du petit-déjeuner à l’initiative de la famille Mandray et financé par leurs récoltes.
– La mise en relation avec des compétences particulières, comme par exemple Babeth, notre ambassadrice à Singapour qui nous a fait rencontrer une de ses amies maître en confiture qui nous a permis d’initier la vente de confitures au coffee shop.
– Les collectes au profit du Bayon organisées en guise de cadeau lors d’un mariage ou d’un anniversaire, à l’instar de Nicolas Moulin qui a proposé aux invités de sa soirée d’anniversaire de faire un don au Bayon plutôt qu’à lui.
– La création de « produits dérivés » vendus au profit du Bayon, comme les projets du poivre de Kampot gentiment offert par Norbert Binot ou du livre de pâtisserie financé par la fondation Natan.
– L’établissement de partenariats comme celui monté par Vanessa Bernard Granger avec l’épicerie fine Albert Ménès qui fait des opérations spéciales au profit du Bayon.
– Et tout simplement les collectes et dons ponctuels de nos parrains qui n’hésitent pas à donner un coup de pouce en plus du parrainage ou carrément à financer un gros projet comme la famille Lally pour une partie des travaux de l’école.
On dit souvent que l’école du Bayon est une grande famille dans laquelle chaque membre à une place importante, et ce rapide tour d’horizon le confirme une fois encore. Pour continuer sur cette dynamique, nous recherchons actuellement un ambassadeur de l’Ecole du Bayon à Hong-Kong.
Si vous le souhaitez, vous pouvez vous aussi mettre en place des actions au profit de l’école du Bayon. N’hésitez pas à nous demander de l’aide pour vos démarches et projets. Nous pouvons par exemple mettre en place une billetterie, organiser des collectes via Facebook ou Hello Asso, partager vos publications sur les réseaux sociaux… Merci enfin à chacun de nos parrains et sponsors pour leur soutien !
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Mise en place du potager pour approvisionner
la cantine d’Elodie

En 2015, l’Ecole du Bayon ouvrait la cantine d’Elodie afin d’offrir aux élèves un déjeuner équilibré. En Octobre 2017, grâce à la famille Mandray, nous avons commencé la distribution des petits déjeuners.
Cette année, nous avons concentré nos efforts sur la mise en place d’un potager nous permettant d’approvisionner la cantine d’Elodie en légumes issus de l’agriculture locale et raisonnée. Les légumes au Cambodge sont souvent importés et plein de pesticides, ce qui pose de sérieux problèmes au niveau santé.
En premier lieu, nous souhaitions créer une grande ferme et employer des personnes pour la gérer. Mais au fil de nos rencontres avec différentes ONG œuvrant pour l’agriculture sur place, notre projet a évolué et s’est enrichi d’un second objectif : former certaines de nos familles et leur apporter un revenu complémentaire à travers la création d’un potager. L’action de l’ONG Agri Sud, dont la mission est de « favoriser la remise en économie par la création de très petites entreprises familiales, en particulier dans le secteur agricole» nous a en effet séduit. Au Cambodge Agri Sud accompagne plus de 1200 familles dans l’installation de potagers, le suivi et la commercialisation.
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La première étape de cette collaboration a été la sélection parmi les familles de l’école primaire. Nous avons fait passer une offre expliquant la mission et nous avons obtenu une vingtaine de candidatures. Après une visite des potentiels terrains et l’évaluation de la motivation de chacune des familles, nous en avons sélectionné 13. Ces dernières ont été invitées à joindre une semaine de formation Agri Sud en février. Au programme : l’apprentissage des pratiques et théories utilisées dans l’agriculture raisonnée. C’était très touchant de voir l’émotion des participants « en classe », eux qui pour la plupart n’ont jamais pu aller à l’école et ne savent ni lire ni écrire. Suite à cette formation, seules neuf familles et plus particulièrement neuf mamans ont décidé de s’engager pour le projet.
Nos neuf « mamans potagers » n’ont pas attendu pour œuvrer dans leur jardin. Dès la fin de la formation, elles ont toutes rapidement transformé leur terrain en empruntant les outils des voisins : de terrains vagues et envahis de végétation, nous avons vite eu des terrains défrichés, bêchés, labourés, prêts à être plantés. Quelle motivation et quelle détermination malgré la chaleur proche des 40 degrés !
Grâce au Fond Bien Nourrir L’homme, nous avons ensuite acheté tout le matériel nécessaire : pompes à eaux, tuyaux, filets, réservoirs de stockage d’eau, bêches, pelles, râteaux, etc. Nous garderons précieusement en mémoire le moment de la distribution de l’équipement aux mamans : elles étaient émerveillées de voir la livraison qui leur était destinée. Curieux, familles et voisins ont même accouru pour essayer la nouvelle pelle ou encore le pulvérisateur-sac à dos. Après avoir discuté avec chacune des familles de ce qu’elles avaient envie de cultiver parmi les légumes consommés à la cantine, nous avons également distribué les graines.
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Toutes les familles ont ensuite pu commencer à poser les filets, planter, arroser et arracher les mauvaises herbes. Elles ont planté des « morning glory » (liserons d’eau), des épinards, des haricots verts, des tomates, des courges, des concombres, des potirons, des piments et des herbes. Nous avons aussi embauché Num Thai, un « master farmer » conseillé par Agri Sud, afin d’aider nos familles, les encourager et répondre à la moindre question. Soki (notre assistante sociale), Sylvie, Marine et Charlotte ont également visité les familles pour les soutenir et les encourager.
Très rapidement (en 3 jours !) les premières pousses ont pointé, suscitant l’excitation générale. Les « morning glory » poussent effectivement très rapidement et en deux semaines, notre première famille était prête pour la récolte ! Seule « ombre » au tableau, notre « master farmer » avait gardé en tête l’idée de maximiser la récolte et n’avait pas aidé la famille à bien séquencer ses plantations. Résultat : 140 kilos de « morning glory » récoltés contre 20 kilos utilisés pour un déjeuner à la cantine. Nous avons tout de même célébré ce moment en lui achetant toute sa récolte et en revendant une partie au marché pour assurer sa motivation et celles des autres familles. Quant au salaire récolté par la famille suite à cette première récolte, il servira à acheter un vélo pour le fils ainé afin qu’il puisse se rendre au lycée.
Le premier déjeuner avec nos légumes servis à la cantine aura été, bien sûr, délicieux ! Au menu, morning glory en sauce avec du porc et du riz. D’autres repas devraient suivre rapidement car à notre grande joie, les légumes poussent rapidement dans toutes nos familles !

Un vent nouveau souffle sur l’Ecole de pâtisserie

Nous vous en parlions dans la dernière newsletter, le Coffee Shop de l’école de pâtisserie du Bayon a réalisé des ventes records ces derniers mois.Pour continuer de satisfaire au mieux nos clients, nous avons décidé de réviser la liste des produits de nos différentes formules. Nous souhaitions en effet proposer davantage d’offres pour satisfaire le planning et les besoins de clients potentiels. La visite des touristes à Siem Reap étant souvent rythmée par la visite des temples, il nous a semblé primordial de créer une offre « déjeuner » et d’étoffer le « brunch ». De plus, cette réflexion sur le nouveau menu avait pour objectif de :
– Continuer à mettre en avant le savoir-faire de nos cheffes pâtissières
– Associer subtilement les saveurs khmères aux techniques et spécialités européennes (origine de la majorité de notre clientèle)
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Croissant jambon & fromage, Gaspacho potiron curry et Mousse coco sont maintenant disponibles sur place ou à emporter pour le plus grand plaisir de nos visiteurs, toujours plus nombreux.
Ce nouveau menu nous permet en outre, de former les étudiantes à de nouvelles recettes et techniques. Cela a notamment incité Sokhoeurn, notre chef, à prévoir pour l’année prochaine de nouveaux ateliers sur les préparations salées.
A ce sujet, le recrutement des étudiantes de la prochaine promotion se termine après plusieurs semaines d’entretiens et de visites de famille dans de nombreux villages au Cambodge. Cette année, nous avons reçu deux fois plus de candidatures que l’année précédente (plus de 120). Pour les traiter, toute l’équipe s’est mobilisée pour aider Chhein, assistante sociale de l’école de pâtisserie en charge du recrutement. Français et Khmers se sont ainsi associés pour aller à la rencontre des familles des candidates afin d’évaluer leur niveau social. Cette étape importante permet notamment d’être directement en contact avec les problématiques auxquelles nous essayons d’apporter des solutions (la pauvreté et les difficultés d’accès à l’éducation). Le plus éprouvant est certainement de devoir classer par ordre de priorité (dépendant du revenu et des biens possédés par la famille) des candidates au cadre de vie toujours très précaire.
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Toute l’équipe est impatiente d’accueillir la nouvelle vingtaine d’étudiantes qui habiteront les chambres et salles de classes de l’école de pâtisserie toute l’année prochaine.

Plongez avec Jules au cœur des visites de familles

En janvier 2017, plus de 280 000 touristes ont franchi l’enceinte des temples d’Angkor. Un chiffre en constante progression, dans ce pays qui tente une difficile ascension vers l’autosuffisance depuis les années 80. Pour cela, nombreux sont les khmers qui tentent de bénéficier, directement ou indirectement, de l’affluence touristique. En effet, sarouels aux motifs éléphant et noix de coco fraîches sont à négocier aux abords de chaque grand axe de circulation. Ensuite, viennent les tuk-tuks assoupis, les échoppes en bois, puis, au-delà, la forêt dense et sauvage. La visite s’arrête là. Pourtant, à l’ombre de ces arbres immenses, 112 villages, forts de 100 000 habitants, occupent encore les abords des immenses temples en ruine. A l’abri des touristes et de leurs smartphones, ils préservent involontairement les vestiges d’un mode de vie d’antan, dans une précarité extrême.
L’école du Bayon, qui a posé ses bancs et ses tableaux blancs au sein même du site d’Angkor, entretient une relation privilégiée avec ces familles. Parce que l’école du Bayon est gratuite et couvre l’ensemble des frais de scolarité de chacun de ses élèves (contrairement à l’école publique où la cantine, les manuels, les uniformes et tant d’autres choses y sont payantes), l’association est connue de ces familles, qui y voient un espoir pour leur jeunesse. Le travail d’accompagnement social est l’une des nombreuses priorités de l’association. Parce que l’éducation et la santé des enfants ne s’arrête pas aux portes de l’école, un bilan est régulièrement dressé sur l’état des familles et sur l’environnement des élèves.
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Situation professionnelle et familiale, salaires, santé… Les critères d’observation sont précis, et vont souvent jusque dans l’intimité des familles. Ces évaluations permettrons ensuite de proposer des emplois aux mères célibataires, des aides aux parents en situation de handicap ou encore la protection des familles orphelines… Soki, l’assistante sociale de l’école, œuvre chaque jour dans les villages pour suivre et accompagner chacune de ces familles. Un travail qui met à rude épreuve nos sensibilités modernes.
Ici, un grand frère est parti tenter sa chance en ville. A côté, une grande sœur en revient. On parle de naissance. On parle de mariage. On parle de divorces. On parle de décès. Ici comme ailleurs, on parle de vie, d’amour, de mort et d’argent. Autour de la jeune assistante sociale, les maisons sont faites de bois taillé dans les forêts alentours. Accueillie en amie, Soki va de cabanes en cabanes, jusqu’à sa dernière halte chez la famille la plus éloignée du village. Une bouffée d’air frais et un regard dirigé vers le ciel avant cette dernière visite, que Soki sais difficile.

Sokreï et Bissec ont 65 et 67 ans. Après avoir perdu leur fils unique, ces grands-parents ont vu la mère de leurs petits-enfants quitter le domicile pour tenter un nouveau mariage et une nouvelle vie. Le couple fatigué doit à présent nourrir 5 enfants, âgés de 8 à 14 ans. Pour cela, ils partent à tour de rôle à l’aube couper un peu de bois et tenter de le vendre aux alentours. Quelques riels par ci, un dollars par là… Et la vie des enfants suit son cours avec les moyens du bord. Les deux plus jeunes sont élèves en grade 2 et 3. Les plus grands n’ont pas eu la chance de pouvoir aller à l’école, ils espèrent donc pouvoir bénéficier d’une formation professionnelle. Les plus chanceux seront guides ou chauffeurs et le reste travaillera sur les chantiers ou dans les champs.

Heureusement, la maison en toit de paille, seul legs du père des enfants, est grande et confortable. Des pilotis en bois sec entourent le rez-de-chaussée de terre battue. Pas de murs ni d’intimité sur ce premier niveau, mais de l’ombre et quelques courants d’airs : c’est le refuge des chiens, des enfants et des poules. Une courte échelle permet de monter à l’étage, mais, en pleine journée, la température y est suffocante. L’étage sera complet à la tombée de la nuit, quand serpents, blattes et rats envahirons la poussière. En attendant, on vit dehors, sous le soleil ou sous les arbres.

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Quand Soki arrive pourtant ce matin-là, alors que la saison des pluies est aux portes du Cambodge, on l’invite à monter aussitôt. Les grands-parents sont fiers de montrer le nouveau lit des enfants : un matelas posé a même le sol en bois pour les 3 plus grands. Les deux plus jeunes partagent le vieux matelas usé, à quelques mètres de là, avec les deux adultes. C’est également l’occasion de saluer le fils défunt, dont la photo mortuaire repose sur une planche vermoulue recouverte de poussière d’encens. On s’installe malgré la chaleur et on prend des nouvelles des enfants. Quelques mots échangés entre deux sourires édentés, quand soudain un bruit lointain résonne. Le tambourinement de la pluie contre le métal. Les maisons des moins à plaindre, dont le toit est fait de tôle, servent d’alerte au reste du village.

D’un mot autoritaire de la grand-mère, tous les enfants se jettent dehors. On court ramasser les bouts de tissus étendus sur les fils tirés entre les arbres et on abrite les affaires éparpillées dans la poussière. Alertés par les rires des enfants, pour qui tout est jeu, les chiens et les poules courent s’abriter à leurs tours. En quelques secondes, des trombes d’eau se mettent alors à tomber et balayent tout ce qui a été oublié. Une petite chaussette échappée, quelques tongs oubliées et une plante renversée. La pluie se déchaîne en un claquement de doigts sans étonner personne. La discussion reprend là où elle en était restée. Les flaques de boue se forment quand on parle d’argent. Les sillons d’eau se creusent quand on parle des enfants. La chaussette oubliée flotte jusqu’à un pneu usé, parterre de fleurs improvisé. L’eau s’infiltre à travers le toit en paille, surprenant les geckos assoupis. Les enfants jouent avec les clés de l’assistante sociale alors que celle-ci finit de noter ses observations dans son petit carnet gris. De longues minutes passent et la pluie disparaît alors comme elle est venue.

On se sépare alors que les enfants étendent à nouveau le linge. On ramasse les tongs, la chaussette boueuse et quelques poussins noyés. Le soleil séchera la terre avant que Soki ne soit rentrée aux bureaux de l’École. Demain matin, le plus jeune des enfants arrivera en classe avec une seule chaussette propre, mais le sourire aux lèvres.