LES UNIFORMES SCOLAIRES PRODUITS PAR LES MAMANS DU BAYON

Lors de sa dernière visite, Babeth, notre ambassadrice à Singapour m’avait soufflée l’idée de faire produire les uniformes de nos élèves par les mamans elles-mêmes. Désireuse de m’investir dans un projet sur le terrain au plus près de nos élèves et de leur famille, j’ai décidé de porter ce projet et de le faire naître au sein de l’association.

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Habituellement achetés chez un fournisseur extérieur, nous avons été, à de nombreuses reprises, mécontents de la qualité des uniformes fournis : problèmes de livraison, mauvaise qualité… Au-delà de ces soucis, c’est surtout l’opportunité que représentait ce projet qui a motivé sa mise en place.
Sur le même modèle que les potagers installés dans les familles de nos élèves pour approvisionner la cantine de l’école, l’idée principale est de fournir aux familles un salaire supplémentaire et donc, d’améliorer leurs conditions de vie.
Pour cette année de lancement, nous avons décidé de produire uniquement les uniformes de l’école primaire et d’acheter ceux des étudiants du secondaire et de l’école de pâtisserie à un fournisseur extérieur. L’objectif sera, pour l’année prochaine, de produire l’intégralité des uniformes.

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La première étape de ce projet a été le recrutement des mamans « couturières ». Pour ce faire, j’ai demandé l’aide de la personne qui connait le mieux nos familles : Soky, notre assistante sociale à l’école primaire. Elle m’a permis d’identifier les familles qui avaient le plus besoin d’un revenu complémentaire et parmi elles, 3 mamans avec des compétences en couture : Sokheng, Mom et Hai.
Sokheng vit dans une petite maison de tôles dans un village en face d’Angkor Wat avec son mari et ses deux enfants. Sa fille Panha, a 6 ans et entrera en Grade 2 en octobre prochain. Son fils n’a, quant à lui, que 4 mois, et il est très difficile pour elle de le nourrir correctement étant donné qu’elle n’a aucun revenu.

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Mom vit dans une grande maison au bord de la rivière qui traverse l’enceinte des temples d’Angkor. Elle vit avec ses 4 neveux et nièces. Ils sont scolarisés à l’école du Bayon. Elle est la seule personne dans le foyer générant un revenu. C’est donc elle qui est en charge d’acheter de la nourriture et de subvenir aux besoins.
Hai a 3 enfants : ses deux filles sont scolarisées à l’école primaire du Bayon, Sopheak en Grade 5 et Sreyka en Grade 4, et son fils, Kvan, âgé de 3 ans est pour le moment trop jeune pour rejoindre les bancs de l’école.
Ces 3 femmes vivent toutes dans des conditions très précaires et n’ont pas hésité à saisir l’opportunité d’une rémunération. Quand nous sommes allés à leur domicile pour leur proposer de participer à la conception des uniformes, elles ont toutes les trois accepté sans hésitation. Toutefois, leurs compétences étant insuffisantes, il nous a fallu demander l’aide de Lan, une couturière professionnelle.

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Achat des tissus et accessoires au marché, découpe des tissus à la bonne taille et surtout formation des mamans pour la couture des pièces, Lan est un maillon essentiel dans notre chaîne de production pour cette première année. Vivant elle-même dans des conditions précaires, elle bénéficie ainsi également de ce projet. L’année prochaine, nous ferons en sorte que les mamans prennent en charge toute la chaîne de production.
Pour lancer la conception, nous avons eu besoin d’investir dans du nouveau matériel : une machine à coudre, 3 fers à repasser, une machine spéciale pour la couture des boutons… Heureusement de généreux donateurs nous ont soutenus !
A la date de début septembre, la production suit son cours : nous terminons les uniformes de grades 3, 4, 5 et 6 et nous allons bientôt commencer ceux pour les élèves de maternelle, grades 1 et 2. Objectif = 490 uniformes pour le 1er octobre !
Phorn, le directeur de l’école primaire et Jeanne, notre responsable de collecte, m’apportent une aide précieuse pour le suivi de la production. Nous rendons visite 2 fois par semaines aux 4 femmes investies dans le projet pour s’assurer qu’elles ne manquent de rien et collecter les uniformes produits. C’est très encourageant !
Nous avons tous hâte de voir les élèves dans les uniformes produits par les mamans du Bayon.

, 25 septembre 2019

DES VACANCES DANS LES TEMPLES D’ANGKOR…

Les AuVERT’gnats, un groupe de compagnons du Puy-de-Dôme composé de quatre filles et quatre garçons, a proposé une candidature riche et détaillée qui a motivé notre choix. Forts d’une expérience de deux semaines dans les Alpes où ils ont aidé un éleveur de vache laitière pour la traite et les différentes tâches de l’alpage, l’équipe s’est soudée au travers de valeurs fortes de solidarité et d’entraide ; valeurs qu’ils ont su mettre en œuvre durant un mois à l’Ecole du Bayon.

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Le camp d’été d’août 2019 a pris une autre tournure puisque nous avons souhaité cette année, que les scouts travaillent en collaboration avec les étudiants boursiers de l’association. En effet, l’Ecole du Bayon continue de soutenir certains étudiants après le grade 12 en leur offrant une bourse d’étude. Cinq d’entre eux se sont rendus disponibles pour donner de leur temps aux côtés des scouts et pour créer et organiser des activités ensemble.
Un premier temps de rencontre a permis aux deux groupes d’échanger afin de s’organiser et bâtir un calendrier commun. Une semaine était d’avantage réservée aux jeux khmers et la semaine suivante aux jeux français, l’autre nationalité découvrant ainsi les spécificités des divertissements de chaque culture.

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Les scouts ont proposé des jeux que les enfants khmers ne connaissaient pas. Leur préférence s’est tournée vers les jeux collectifs et sportifs comme la balle au prisonnier, poule-vipère-renard (les vipères attrapent les renards qui eux attrapent les poules qui elles mangent les vipères !) ou encore le jeu des planètes. Ils ont alterné entre des activités sportives et des activités artistiques (collage, décoration, peinture…) pour permettre de faire des petits groupes. Entre 50 et 80 enfants étaient présents chaque matin et chaque après-midi. Le summer camp était ouvert à partir du grade 2.
Les scouts ont beaucoup apprécié agir aux côtés des étudiants boursiers. Ils considèrent ce partenariat franco-khmer comme essentiel car il leur a permis de mieux appréhender la culture et d’avoir accès à des informations qu’ils n’auraient pas compris autrement. Certains se sont rendus dans une famille et ont pu ainsi découvrir les maisons de nos élèves. Ils retiennent des moments forts en émotion lors de chants et de danses avec les enfants. Ils ont adoré jouer dehors et être surpris par la saison des pluies et malgré tout, continuer à jouer sous le déluge ! Leur moment préféré reste une baignade dans un des bassins des temples d’Angkor avec les plus grands (11 – 14 ans)…

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Ils ont parfois trouvé les journées un peu longues, car animer autant peut être très fatigant. Avec le temps, ils se sont mieux organisés et ont appris à connaître les enfants, leur prénom et leur personnalité et des échanges riches et sincères en ont découlé. Quand on leur demande leur plus grande difficulté, certains ont répondu : « la faim ! ». En effet, à la cantine de l’école c’est riz et soupe de légumes/viande tous les midis. Cela peut être lassant pour les appétits français.
Le groupe de jeunes scouts aura été très professionnel et très courageux (20 kilomètres de vélo tous les jours pour le trajet jusqu’à l’école). Ils ont menés leurs activités avec entrain et respect. Nous les remercions vivement de leur engagement auprès de l’Ecole du Bayon !
, 24 septembre 2019

PORTRAIT DE SOKLY : NOTRE PROFESSEUR A L’ECOLE DE PATISSERIE

Sokly a 34 ans et est mère de 2 enfants. Elle a rejoint l’équipe en février 2017.
Auparavant, elle était cuisinière dans un restaurant Khmer qu’elle avait elle-même ouvert. Même si ce dernier était petit, elle a toujours adoré cuisiner et prenait beaucoup de plaisir à préparer les plats traditionnels cambodgiens pour ses clients.


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C’est sous les conseils d’une amie qu’elle a décidé de tenter le concours d’entrée à la prestigieuse École d’Hôtellerie et de Tourisme Paul Dubrule. Elle l’a réussi avec brio et a suivi la formation de pâtisserie.
Diplômée de Paul Dubrule en 2016, elle a également suivi une formation pour la décoration de gâteaux à Sihanoukville et une autre avec la société vietnamienne Cream pour compléter ses connaissances.
Elle a ensuite été recrutée par Brown Coffee, une chaine de Coffee shop cambodgienne réputée dans tout le pays. Elle a travaillé 7 mois dans un de leur café et y a croisé des étudiantes en stage venant d’une école qui commençait à se faire connaître : l’école de pâtisserie du Bayon.
Son ancien professeur de pâtisserie à Paul Dubrule l’a vivement recommandé auprès de Sokhoeurn, notre directrice de l’école de pâtisserie. La qualité essentielle qui a convaincu Sokhoeurn? Ses compétences dans la préparation des viennoiseries et des pains.
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L’école du Bayon a été pour elle une opportunité qui dépassait ses espérances. Elle y enseigne aujourd’hui toutes les matières liées à la pâtisserie, pratiques comme théoriques. Elle est très heureuse de pouvoir transmettre son savoir à des étudiantes curieuses, attentives et appliquées. Jour après jour, elle tente de rendre ses cours toujours plus interactifs en créant des activités et des ateliers variés. Pour cela, elle n’hésite pas à demander des conseils à ses anciens professeurs et amis.
L’essentiel pour elle est que les étudiantes prennent plaisir durant la formation et laissent exprimer leur créativité. Elle attache également beaucoup d’importance au recrutement post-formation. Il est en effet indispensable que les filles trouvent un poste stimulant, qui leur plaise et qui leur procure un salaire suffisant pour vivre et aider leur famille.
Elle se sent parfois un peu comme une deuxième maman pour ces étudiantes qui ont décidé de venir étudier la pâtisserie loin de leur foyer. Elle les écoute, les conseille et se rend toujours disponible.
Comme à chaque fois, la fin de l’année est particulièrement difficile pour elle car il faut dire au revoir aux étudiantes qu’elle a guidées et épaulées. Mais heureusement, la transition avec la promotion suivante n’est jamais très longue.
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La nouvelle année scolaire a débuté début septembre et Sokly a déjà plein d’idées de jeux pour enseigner la pâtisserie de façon ludique et partager le plus de connaissances possible en toute simplicité.
Bravo Sokly et merci pour ton investissement quotidien !
, 17 septembre 2019

L’ASSOCIATION
« LE RÊVE D’ELO »

Suite à un accident survenu le 20 avril 2014 au Cambodge, Elodie a perdu la vie à l’âge de 27 ans. Elle était coordinatrice de projets à l’Ecole du Bayon.
Le projet qui lui tenait le plus à coeur était la création d’une cantine au sein de l’école.
Elodie souhaitait pouvoir fournir le déjeuner aux enfants afin qu’ils bénéficient au moins d’un repas équilibré par jour et leur éviter des allers retours entre l’école et leur village.
Le projet a vu le jour en novembre 2014 sous le nom de « la cantine d’Elodie ».
En décembre 2014, notre famille a créé l’association « Le Rêve d’Elo » avec pour but d’aider financièrement au fonctionnement de la cantine.
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Aujourd’hui, nous comptons 45 membres (famille et amis). Par notre biais, sept enfants ont trouvé des parrains.
Notre association organise deux manifestations par an :
• au printemps, une randonnée pédestre suivie d’un barbecue avec vente d’enveloppes avec chacune à un lot, vente de sacs à dos et de tee-shirts.
Cet évènement permet de faire découvrir aux marcheurs la commune qui nous accueille, son patrimoine culturel et de nouveaux paysages. (En 2019 : 350 marcheurs et 400 repas).
• à l’automne, une soirée repas (300 convives) avec une tombola qui proposent de très beaux lots offerts par nos généreux partenaires.
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Les bénéfices de ces deux manifestations sont en progression tous les ans (en 2018 :17 000 €, incluant 3 800 € de dons).
Les municipalités qui nous accueillent, mettent à notre disposition des locaux souvent à titre gracieux et nous apporte leur aide technique. Nous les en remercions chaleureusement.
Les habitués de nos manifestations sont informés régulièrement des projets du SEP Bayon et des versements que nous effectuons.
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Nous sommes tous motivés par le souvenir d’Elodie, pour qui, la joie et le sourire des enfants étaient ses plus belles récompenses.
A noter que la prochaine soirée repas aura lieu le 19 octobre 2019.

LES JARDINS POTAGERS SOUS LE REGARD DE LEA, VOLONTAIRE

« J’ai rencontré les familles dès mon arrivée et j’ai tout de suite été touchée par leur gentillesse, leur générosité et surtout leur force. Le travail qu’elles réalisent est très physique et les femmes s’occupent souvent seules de leur potager. Elles sont très débrouillardes, motivées par le projet, et toujours enthousiastes quand on leur rend visite. Que ce soit pour fabriquer des shampoings naturels, des remèdes contre la dengue ou autres maladies, les familles sont toujours surprenantes et riches de connaissances. Je leur rends visite au minimum deux fois par semaine avec le traducteur et c’est toujours un plaisir. Un accueil chaleureux nous est souvent réservé ! Elles apprécient de discuter avec le traducteur car il suit le projet depuis longtemps et est aussi très impliqué. Elles sont aussi heureuses de nous montrer les résultats de leur travail, nous n’hésitons pas à les féliciter et nous repartons quelques fois avec des légumes offerts en guise de remerciements. J’y vais aussi seule de temps en temps pour voir si tout va bien et pour leur apporter ce dont elles ont besoin. Dans ces cas-là, la communication est plus laborieuse mais les éclats de rire sont toujours au rendez-vous ! La barrière linguistique est une difficulté dans ce projet car on est constamment en contact avec le terrain, alors j’essaie petit à petit de retenir les noms des légumes, les chiffres et les mots importants en khmer. Ces visites régulières leurs permettent de se sentir soutenues et garder leur motivation.
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Tous les mercredis a lieu la réunion hebdomadaire où l’on prévoit les livraisons de la semaine suivante. On en profite aussi pour payer les femmes pour les livraisons qu’elles ont effectué la semaine passée. Ces réunions se déroulent en présence de la cuisinière afin d’élaborer les menus et du directeur de l’école. Pour les femmes, ce rassemblement est essentiel car c’est le moment où elles reçoivent la récompense de leur travail. Elles peuvent aussi partager leurs expériences, leurs réussites, leurs inquiétudes, c’est vraiment beau de les voir toutes réunies. Chacune a son histoire et sa personnalité mais toutes ont la même motivation et énergie qu’elles expriment différemment.
En ce moment, les familles produisent toutes sortes de légumes : des wax gourds, luffa gourds, citrouilles, aubergines, oignons, maïs, morning glory, concombres, chilis, épinards, haricots, etc. La saison des pluies ne leur fait pas peur, au contraire elles sont bien décidées à produire beaucoup de légumes pour la rentrée scolaire en octobre ! Cet été, certaines d’entre elles ont même agrandi voire doublé leur potager. Elles se rendent compte que cette activité d’agriculture leur permet d’augmenter leur revenu et de faire évoluer leur situation. C’est une grande victoire pour le Bayon que les femmes puissent améliorer la qualité de vie de leur famille grâce à ce projet.
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Notre objectif est maintenant de permettre aux familles d’avoir une production régulière afin de dégager des revenus stables et de faciliter la gestion des menus pour la cantine. Nous essayons également de leur fournir de plus en plus des graines non hybrides qu’elles peuvent réutiliser pour qu’elles soient plus autonomes et qu’on puisse facilement diversifier la production.
Nous souhaitons également accueillir de nouvelles familles dans le projet. Une fois qu’elles auront été choisies, il sera important de bien leur expliquer les rotations à mettre en place afin que la production puisse être stable dès le début. Qui dit nouvelles familles, dit plus de légumes : un partenariat avec un magasin de producteurs est en création. Il serait déjà prêt à accepter le surplus de légumes que les familles n’arriveront pas à vendre à la cantine.
Ce projet permet non seulement aux enfants de l’école de bien se nourrir, mais aussi et surtout aux familles de s’émanciper et gagner en confiance à travers les responsabilités qu’on leur donne. Participer au développement du projet Potagers est une belle mission, humaine, variée et valorisante ! »

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